Cantus pour Gilles Tremblay
Cantus pour Gilles Tremblay, Cantus comme cantique, Cantus firmus. L’œuvre de Tremblay évoque pour moi un éclatement, un décalage formel, des scintillements d’harmonies teintées par l’ombre omniprésente de la foi. C’est cette même foi – dans l’essence de sa spiritualité plutôt que dans le concret de son christianisme – qui m’a toujours attiré et fasciné, autant dans les œuvres de Penderecki et Pärt, mes maîtres à penser, qu’au sein de ma propre création.
La religion est autant matière de recueillement que de violence, et je ne peux concevoir de musique sans violence. Une violence dans un silence, une violence dans un pianissimo. Un contraste qui traverse les trois mouvements de l’œuvre par le biais d’une écriture mêlant éléments anciens et modernes. De la monodie néo-grégorienne du premier mouvement et ses traitements en canon à la fugue qui charpente la course effrénée du troisième s’établit un jeu de références intercalées de gestes d’éclatement au piano, se fondant dans la trame des cordes. Au centre de Cantus, un mouvement lent tout en accords soutenus et silences, paradoxalement le plus intense des trois : sans début ni fin, figé dans une intemporalité élégiaque.
L’oeuvre, commandée par l’Atelier de Musique Contemporaine de l’Université de Montréal sous la direction de Lorraine Vaillancourt, a été créée le 6 avril 2010.